Chapitre 2: Règles inconnues


Le Jouet chapitres / vendredi, mai 25th, 2018

La nuit avait parue particulièrement longue aux yeux de la demoiselle. Elle n’avait pas osé s’endormir, luttant contre le sommeil, de peur qu’on ne revienne la prendre pour la torturer un peu plus. Mais la fatigue avait eut raison d’elle et elle n’avait pas pu entendre une jeune femme faire le tour de la pièce et menacer quiconque qui préviendrait la nouvelle des règles.

Cette jeune femme venait de s’arrêter devant la cellule de la victime. Elle possédait un cache-oeil du côté gauche et avait la moitié du crâne rasé sur la droite. Mérisse aurait pu être une femme magnifique si la haine ne s’était pas emparé de son visage. Ses traits étaient constamment tendus et ses yeux semblaient foudroyer quiconque n’était pas le maître.

De plus, elle s’amusait des avantages qu’elle pouvait avoir en tant que harpie, enfonçant davantage les victimes de ce sadique.

­ « On se réveille là-dedans. J’te cause la gueuse. »

Elle donna un violent coup de pied contre la porte de la cellule, réveillant la nouvelle-venue en sursaut. Cette dernière regarda autour d’elle, comme déçue. Ce n’était pas un rêve. Mais bien un cauchemar… Son regard se posa enfin sur la cause de son réveil.

Elle cligna des yeux assez rapidement, se demandant pourquoi une femme avait le droit d’être libre. Mais étrangement, elle sentait que tout était plus complexe que prévu…

­ «  Ton nom, la cloporte ? » demanda Mérisse, se bouchant le nez, semblant déprécier l’odeur de la détenue. Elle posa la question à nouveau et menaça de la fouetter si elle ne répondait pas.

­ « … P… Psiek… J… Je m’appelle Psiek. »

La prisonnière releva finalement le regard, sursautant en entendant la grise se moquer de son prénom. Psiek ne savait pas qui elle était, mais une chose était sûre… Ce n’était clairement pas quelqu’un qui lui voulait du bien. Son œil unique ne semblait pouvoir transmettre que de l’hostilité à autrui. Et cette pensée était confirmée par les regards de craintes des autres prisonnières…

Elle n’aimait vraiment pas cette fille.

­ « Bon, je vais t’appeler Piseuse. Ça t’ira bien mieux. Tu auras ton premier combat à 13h. J’espère que tu vas rapidement crever. Je ne t’aime pas… » cracha la fille avant de s’en aller, balançant parfois des objets à travers les barreaux, pour blesser d’autres filles.

Psiek plissa les yeux, réfléchissant un moment. Elle ne connaissait rien de cette bâtisse, mais elle comprenait qu’elle allait devoir combattre pour survivre. Ce n’était pas bien compliqué à saisir. Pourtant, la châtain sentait qu’il y avait quelque chose de plus important que le simple fait de survivre. Mais les autres captives fuyaient clairement son regard et ne voulaient nullement communiquer.

Elle allait devoir se débrouiller seule.

La jeune femme glissa prudemment une main sur sa brûlure, la retirant aussitôt en grimaçant. C’était encore douloureux et elle se doutait que cela pourrait être une cible facile des coups. Elle tenta également de repérer des bleus sur son corps, attentive à la moindre trace. Tout ce qui pouvait lui être un désavantage devait être étudié. Il fallait qu’elle connaisse son corps.

Alors qu’elle vérifiait une légère plaie près de sa cheville, elle sursauta en voyant un garde approcher, balançant du pain et une gourde sur le sol. Il n’était pas dur de comprendre qu’il s’agirait de son unique repas de la journée. Elle n’était pas ici pour être chouchoutée…

Psiek attrapa doucement le morceau de pain et le frotta avant de croquer dedans à pleine bouche. Elle tenta d’ignorer les saletés qui étaient restées malgré tout. Elle refusait de se laisser aller, de ne pas se battre. Elle refusait de ne pas essayer de s’en sortir. Elle allait étudier le fonctionnement de cette demeure et ferait tout pour l’utiliser à ses fins. Elle n’avait qu’un seul but pour le moment.

Survivre.

Une bonne heure passa avant que le garde de la veille ne vienne sortir la prisonnière de sa cellule, la traînant avec précaution à travers les couloirs. La châtain en profita pour observer attentivement chaque recoin. Si elle devait fuir un jour, elle devait être prête. Même si l’endroit ressemblait à un vrai labyrinthe, elle pouvait s’en sortir.

Une chose frappa son attention : À fur et à mesure qu’elle avançait, elle remontait. Et, petit à petit, les couleurs des murs, du sol, des portes… Tout semblait plus lumineux et plus doux à son regard. Certes, ce n’était clairement pas le paradis, mais elle pensait comprendre le système de cet endroit. Elle attendait de finir le combat pour confirmer ses doutes…

Mais qui allait-elle combatte ? Psiek sentait son ventre se tordre légèrement. Certes, elle avait déjà affronté quelques gamines, mais c’était à ses dix ans, lorsqu’elle était un peu rebelle. Toutes les filles de cet âge se battaient au village. Mais depuis… Elle avait appris à trouver sa place et la garder. Elle avait appris à s’occuper des champs, des bêtes… Elle avait appris à les tuer.

Mais se battre contre une autre humaine ? Serait-ce une fille ? Ou un garçon ? Serait-il armé ? Serait-elle protégée ? Et pourquoi la faire combattre ?

Ses questions s’envolèrent rapidement lorsqu’on la poussa au beau milieu d’une arène, sans aucune équipement. Il n’y avait que le sable sous ses pieds… Et face à elle, une femme qui devait avoir vingt ans. Tout comme elle, elle était frêle. Mais on pouvait deviner dans son regard que ce n’était pas son premier combat. Il n’y avait pas cette crainte des coups. Non.

Il y avait cette habitude de la douleur.

La nouvelle venue regarda autour d’elle avec rapidité, un peu surprise. Il y avait comme des tribunes et elle voyait des gens les observer. Certains donnaient même des billets à un même homme, sûrement pour faire des paris. Elle avait pu observer son père le faire, une fois. Et dans le fond…

Alors que Psiek tentait d’apercevoir le visage de l’homme sur le trône, elle sursauta en se prenant un violent coup dans l’estomac, se pliant en deux. La demoiselle n’eut pas le temps de réfléchir qu’elle se retrouva éjectée en arrière par un coup de pied, son adversaire s’approchant d’un pas ferme :

­ « C’est quoi ça ? Une blague ? Lève-toi. Et bats-toi. » grogna l’adversaire, visiblement mécontente de tomber sur une novice.

La châtain dut prendre sur elle et se releva, tremblante. Il n’y avait même pas de départ lancé ? Elle avait la sensation d’être jetée dans la cage aux lions. À la différence, qu’ici, la lionne ne comptait pas l’achever rapidement…

La combattante ne laissa aucunement le temps de réfléchir, se jetant de nouveau sur sa victime et lui assenant de violents coups. La nouvelle venue ne savait pas se battre. Le combat serait rapidement fini et le maître serait sûrement déçu. À cause d’elle, elles seraient toutes les deux punies…

La femme sentit la rage la gagner, donnant des coups de plus en plus puissants et lui hurlant dessus. Elle ne la supportait pas. Elle voulait la faire souffrir… Son regard se posa alors sur la marque fraîche, juste au dessus de sa poitrine. Ce serait parfait…

Elle appuya violemment ses doigts sur la marque et observa le maître lorsque Psiek hurla. Les invités semblaient ravis de la situation. Elle aurait peut-être même une récompense… Un sourire se glissa sur le visage de l’attaquante, tandis qu’elle appuyait de plus en plus violemment sur la plaie qui commençait à saigner. De toutes façons, les règles étaient les règles : Chacune pour sa pomme.

Néanmoins, alors que son visage se tourna de nouveau sur sa victime, un puissant cri s’échappa de sa gorge et elle commença à se débattre. Psiek avait enfoncé ses pouces dans les yeux de son adversaire, avec une violence particulière, renversant soudainement la situation. La châtain se trouvait désormais à califourchon sur sa tortionnaire, son esprit carburant à toute allure. C’était chacun pour soit, n’est-ce pas ? Il ne fallait pas trop réfléchir.

D’un geste vif, Psiek enfonça ses ongles dans la gorge de sa proie, tirant avec violence et recommençant plusieurs fois d’affilés. Elle sentait son cœur s’affoler devant tout le sang qui dégoulinait sur elle, giclait sur son visage, mais elle ne s’arrêta que lorsqu’elle jugea la personne morte. Totalement morte. Ensanglantée. Elle l’avait tuée. Elle avait tué pour la première fois… Et elle ne pouvait ressentir qu’une demi-culpabilisation. Elle avait fait ça pour survivre.

La châtain cligna des yeux et releva enfin le visage, regardant les invités un à un. Une vague folie la traversa en voyant les visages joyeux de certains, et les visages choqués d’autres, déçus de ne pas avoir pensé à parier sur la mort d’une des combattantes.

Un puissant cri s’échappa de ses lèvres et elle tomba sur le flanc en se recevant un coup de fouet, apercevant enfin le bourreau qui s’était approché. Elle tenta de se protéger avec les mains, mais le fouet lacéra ses doigts, mélangeant son sang à celui de sa victime. Psiek ne savait plus où elle en était, elle ne comprenait plus rien. Elle eut tout juste le réflexe de serrer ses genoux contre elle pour protéger son visage et sa marque, continuant de crier en sentant le fouet ouvrir son dos avec violence.

Elle comprenait enfin l’erreur qu’elle avait commise. Toutes ces filles enchaînées, blessées… Ce n’était pas un combat à mort. Elle avait tué pour rien. Et elle allait être punie pour ça. Elle était punie pour ça. On l’avait mise de force dans un jeu dont elle ignorait les règles. Elle transgressait les règles.

­ «  Ça suffit. » déclara une voix calme et particulièrement mielleuse : « Regarde dans quel état tu es en train de la mettre… »

L’homme qui avait parlé descendit les escaliers. Psiek tenta de l’observer, mais le sang gênait sa vue. Elle ne pouvait que deviner sa bouche, qui avait un sourire effrayant, et ses cheveux qui semblaient lui tomber sur les épaules.

L’étranger ordonna à Psiek de se relever. Cette dernière le fit avec difficulté, ses jambes menaçant de s’écrouler à chaque instant. Son dos la torturait. Elle avait l’impression que les coups de fouet s’abattaient encore sur elle. Du sable semblait s’être collé, se mélangeait à ses plaies. Et le bourreau était devant elle. Il posa un genoux à terre, s’excusant auprès de l’homme.

­ « Pardonnez-moi, maître. Mais cette misérable n’a pas respecté les règles… Je croyais… »

­ « Tu crois toujours à tort, Memphis. Tu commence à m’exaspérer. Je te l’ai déjà dis. On ne fait jamais rien avant que je n’en donne l’ordre. Tu as besoin d’une punition exemplaire… »

Le maître se tourna vers l’ensanglantée et lui demanda son nom, tendant ensuite vers elle une simple dague. Psiek observa un moment le bourreau, puis le maître. Aucun son ne sortit de la bouche de ce dernier. Mais elle comprenait sans peine.

Il fallait respecter les règles sans même chercher à les comprendre. Elle devait survivre. Survivre et se rapprocher de cet homme. Il était responsable de tout. Sa vie entière avait changé à cause de lui. Mais elle n’était pas encore assez forte pour ça. Pas assez proche. Elle ne devait pas foncer tête baissée.

Le bourreau, toujours à genoux, l’observait avec une crainte dans le visage. Il avait compris la demande muette. Il savait ce qui l’attendait. Mais il craignait tellement son supérieur qu’il ne bougeait pas. Psiek ne pourrait rien faire tant qu’elle n’aurait pas un minimum d’avantages sur lui.

D’un geste souple, elle trancha la gorge de son persécuteur et le regarda agoniser et se vider de son sang. Sa main tremblait, des larmes menaçaient de couler. Mais ce serait sa vie désormais.

Elle gagnerait le jeu.

­ « Tu es obéissante. J’aime ça. Je vais te façonner de façon à me plaire… »

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