Chapitre 3: Entretien particulier


Le Jouet chapitres / vendredi, juin 8th, 2018

Psiek leva doucement le visage, entrouvrant les lèvres pour récupérer les gouttes de pluie. Elle se sentait assoiffée et l’orage était étrangement bienvenu en cette nuit glaciale.

Même si elle avait satisfait l’hôte en exécutant son ordre, il avait tenu à la punir pour avoir tué une adversaire sans aucune permission. Il l’avait donc attachée dans une sorte de jardin et lui avait souhaité de survivre toute la nuit. Enfin… Souhaité ? Elle avait senti qu’il s’agissait plutôt d’un ordre. Même si elle ne voyait pas vraiment ce qu’il pourrait faire pour la punir davantage, si elle venait à trépasser.

La jeune femme tenta de concentrer son regard sur un point précis du jardin, mais elle le sentit devenir trouble. Par ailleurs, malgré le froid qui transperçait sa peau, elle sentait la chaleur augmenter en elle, la sueur se mêlant petit à petit à la pluie qui dégoulinait tout le long de son corps. La fièvre la gagnait et cela l’enrageait. Elle n’avait pas tué quelqu’un à mains nues pour mourir bêtement d’une fièvre, tout de même ? Elle ne voulait pas. Elle avait déjà des tas de projets en tête. Se venger. Retrouver sa liberté. Même si elle ne savait pas encore exactement comment…

***

­ « T’as vu l’état dans lequel on l’a ramenée ? Elle fera vraiment pas long feu celle-là. »

­ « Bah… Tant mieux, non ? Ça fera une adversaire en moins pour monter de rang. En plus, j’ai entendu dire qu’elle avait été coriace. »

­ « Tu m’étonne. Elle a arraché la gorge de-Chhhhht ! Elle a l’air de se réveiller ! »

Psiek déglutit difficilement et tenta d’ouvrir les yeux, migraineuse. Elle avait pu entendre quelques filles discuter et son cerveau avait carburé, malgré la douleur qui la tenait. Les liens commençaient à se tisser dans son esprit, lui apportant la solution qu’elle ne cherchait pourtant que depuis peu : elle devait gravir les échelons et monter de « rang ». Si les filles cherchaient tant à obtenir un meilleur rang, c’est qu’il devait y avoir des avantages, n’est-ce pas ? Il fallait se battre pour ça, même si elle n’en comprenait toujours pas l’intérêt. L’Hôte semblait s’amuser de ces combats. Il détenait ces filles entre ses mains, tenait leurs espoirs et leur désespoir. C’était lui qu’elle devait viser. Il était l’être suprême de cette prison. Il détenait la clé de sa cage. Et elle était prête à tout pour l’obtenir à son tour.

­ « Lève-toi. Tu dois nous suivre. Ordre du maître. » déclara un jeune roux à l’allure frêle.

Psiek resta quelques secondes sans réagir. Se lever ? Après avoir passé la nuit à moitié éveillée, punie par le froid ? Par la pluie ? Il en avait de belles. Pourtant, elle ignora toutes ses douleurs et se redressa lentement, s’approchant de la porte de sa cage. Elle suivit ensuite le roux, ne prononçant pas un seul mot.

Elle n’avait pas vu beaucoup d’hommes dans cette prison. Les quelques rares étaient soient des bourreaux, soit des enfants. Mais ce roux n’était clairement ni l’un ni l’autre. Malgré son apparence juvénile, il devait avoir la vingtaine. Mais une chose le différenciait grandement des autres : il avait un visage et des traits particulièrement fins, donnant l’ambiguïté sur son genre. En réalité, Psiek songeait qu’il devait être comme les anges. D’une grande beauté et sans sexe réel. Dans un sens, elle comprenait pourquoi l’Hôte l’avait gardé. Dans l’autre… Elle n’était pas vraiment sûre que l’Hôte soit de ce bord-là. Elle ne l’espérait pas. Il faisait assez souffrir les femmes ainsi, il n’avait pas besoin de faire souffrir l’autre sexe également…

­ « Le maître souhaite que tu sois lavée et habillée. Des questions ? » demanda simplement l’homme, regardant la jeune femme avec politesse.

Des questions ? La pauvre demoiselle en avait tellement ! Mais elle n’était pas vraiment sûre qu’il y réponde. Tout le monde avait une pensée égoïste ici, après tout. Et il ne devait pas échapper à la règle. Il n’avait pas jeté un seul regard d’inquiétude vers elle. Elle décida tout de même de tenter sa chance, demandant quelle était cette histoire de rang.

Le jeune homme pouffa :

­ « Personne ne t’a expliqué… Ce n’est pas vraiment surprenant. Si tu es au courant, alors tu auras les mêmes avantages que les autres. Et elles ne le veulent pas. Surtout pas Mérisse… »

La châtain fronça les sourcils. Mérisse… Ce devait être la psychopathe au bandeau, si elle ne se trompait pas. Cette fille semblait particulièrement dangereuses. En tout cas, elle ne s’était pas trompée : les rangs donnaient vraiment un avantage et c’était là qu’elle devait viser. Mais ce satané rubigineux n’avait pas l’air de vouloir se confier sur quoique ce soit. Ou peut-être pas sans avoir quelque chose en retour, peut-être ?

Psiek réfléchit un petit moment avant d’arriver dans une immense salle de bain. Sur ce point, il n’avait pas menti. Mais il n’avait pas du tout précisé qu’il y aurait la présence d’un certain maître dans la salle. Ce dernier était confortablement installé à une table, buvant ce qui semblait être du thé.

Quel cliché.

­ « J’imagine que je n’aurai droit à aucune intimité durant ma toilette ? » demanda la prisonnière, restant sur ses gardes.

­ « Excellente déduction! » répondit l’Hôte avec amusement. Il but une nouvelle gorgée de son étrange boisson avant de reprendre : « Tu es vivante, c’est une bonne chose. Bien que tout ne fasse que commencer… Fémence, déshabille-là. »

La blessée hésita à répondre qu’elle pouvait se déshabiller seule, mais elle se retint. Il s’agissait probablement d’un test. Et même si c’en n’était pas un… Elle se rappelait de la veille. Des quelques coups de fouets avant de finir dans le jardin. Ne rien exécuter sans ordre du maître… Elle laissa donc faire le roux, détournant le regard en sentant la nudité s’emparer de sa peau. Même si ce n’était pas la première fois qu’elle était vue nue, les hommes venant souvent regarder les filles lorsqu’elles se lavaient à la rivière, c’était tout de même différent et embarrassant d’être dans la même pièce qu’un homme.

Elle tenta de se consoler un moment en songeant qu’il n’avait pas l’air écœuré par son corps. Sa mère le disait souvent : « mieux vaut être déshonorée par le regard appréciateur d’un homme qu’être dénigrée à cause de la laideur de son corps ». Bien qu’elle aurait préféré ne connaître aucun des deux.

Le maître ordonna à Fémence de la guider vers le petit bassin et de la nettoyer. Le rouquin s’exécuta et l’amena dans l’eau fraîche. Il saisit un vase et le remplit de cette eau avant de la verser au-dessus de la tête de Psiek, lui arrachant un petit gémissement de stupeur. L’eau était vraiment froide et ce n’était pas agréable du tout. Elle était habituée à aller dans l’eau doucement, et non pas se la prendre en pleine tête sous le caprice d’un petit richard !

­ « Tu as une belle peau. Il serait dommage qu’elle se flétrisse par l’usage d’eau tiède. Tes bains seront uniquement froid. Et lorsque Fémence t’aura appris à te laver correctement, tu le feras seule. Une fois par semaine. »

La demoiselle regard l’Hôte avec surprise, se retenant de justesse de poser une question. Elle sursauta et rougit violemment en sentant le freluquet saisir l’un de ses seins et le soulever, nettoyant délicatement en dessous. Grognant, elle saisit sa main d’un coup et sembla réfléchir. Mais son tyran l’observait avec un drôle d’air et Fémence ne bougeait pas, semblant attendre. Si elle écoutait son premier instinct, elle l’aurait frappé. Mais ce n’était pas la chose à faire. Elle lâcha alors simplement la main du roux et s’excusa envers lui et son maître, baissant la tête.

­ « Et bien et bien et bien… C’est la première fois que je vois un de mes objets aussi… Intelligent. C’est très bien. Tu as compris où était ta place. Continue comme ça et tu auras un susucre… » pouffa l’Hôte, avant de reprendre d’un ton particulièrement odieux : « Pardonne-moi, le sucre, c’est pour les chiens. Tu ne les vaux pas. Pas encore… Bats-toi pour moi et peut-être que je te verrais autrement. Peut-être… »

La jeune fille hocha simplement la tête et laissa le plus jeune continuer de la nettoyer, se crispant légèrement lorsqu’il s’occupa de plus bas. Cet abruti osait en plus lui donner des conseils ! Mais elle n’avait pas le choix. Elle devait obéir.

Elle profita de ce moment pour observer discrètement son possesseur. Même s’il était encore en partie dans l’ombre, elle pouvait distinguer que ses cheveux étaient blonds cendrés. Il avait un visage long et totalement imberbe. Ou bien il prenait soin chaque jour de bien se raser. En tout cas, Psiek n’avait jamais vu de tel homme. Il ne semblait pas extraordinairement musclé mais n’était pas non plus malingre. Il avait en réalité une sorte de force gracieuse. Mais ce n’était pas lui qui se salissait les mains.

Ses ongles étaient parfaitement manucurés et elle pouvait deviner une fiche couche de vernis transparent. Il possédait une bague sur son annulaire droit, possédant un logo qu’elle connaissait désormais parfaitement : Celui qui était inscrit sur sa poitrine. En parlant de poitrine, le roux appliqua un baume à l’odeur de rose, lui expliquant que cela aiderait la cicatrisation à se faire plus joliment.

Elle devait avouer que « jolie cicatrice » sonnait un peu faux dans son esprit…

­ « Bien. Avant que je ne parte, je t’autorise une question. Et une seule. » dit soudainement le maître, reposant enfin sa tasse de thé vide.

L’esprit de Psiek carbura d’un coup. Elle avait tant de question ! Quel était le rang le plus haut ? Comment l’atteindre ? Que devait-elle faire pour lui plaire ? Elle voulut même demander si elle aurait un jour la chance de récupérer sa liberté. Mais elle devait penser stratégie avant tout. Ces questions, elle pourrait les avoir d’une autre façon. Elle leva alors ses yeux vers le Seigneur, demandant d’une voix particulièrement innocente :

­ « Quel est votre nom, maître ? »

Fémence sursauta, regardant la jeune fille avec stupeur. Il était rare que le maître s’intéresse ainsi à une captive. Et en général, elles avaient l’intelligence de demander des choses qui pouvaient améliorer leur vie. Il se demandait si elle était intelligente… Ou totalement arriérée. Le maître semblait surpris aussi mais lâcha un rire tout en secouant la tête. Jusqu’alors, jamais aucune fille ne s’était intéressée à son nom. Il ne savait pas qui elle était et quel jeu elle jouait… Mais il comptait bien s’amuser avec elle un petit moment. Jusqu’à ce qu’elle le lasse, comme toutes les autres.

­ « Tu combattras dans trois jours. Si tu gagnes, tu auras mon nom, mon âge, et un repas particulier. Interdiction de tuer, tu dois t’en douter. Si tu perds… Je demandais à l’un de mes hommes de t’arracher ta virginité à l’aide d’une épée chauffée à blanc. »

Psiek déglutit difficilement et hocha la tête. Même si elle n’avait rien à gagner, elle ne devait surtout pas perdre. Car elle avait peur de cette épée. Mais elle avait également peur de la réaction du maître, s’il se rendait compte qu’elle n’était plus vierge…

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