Chapitre 4: Pour arriver jusqu’à lui


Le Jouet chapitres / vendredi, juillet 20th, 2018

Trois jours pour récupérer de ses blessures et de sa fièvre, ce n’était pas suffisant. Même pour une jeune femme qui avait la rage et voulait se venger. Pourtant, elle savait qu’elle n’avait pas le choix. La torture promise par l’Hôte l’effrayait au plus haut point. Cet homme devait avoir un sacré déséquilibre mental pour penser immédiatement à une telle « punition ». Perdre et souffrir de blessures, n’était-ce déjà pas bien assez ?

Visiblement pas.

Psiek soupira et secoua légèrement la tête, entrant dans l’arène. Elle avait finalement pu interroger Fémence sur quelques détails. Même si elle ne comprenait toujours pas tout, elle savait désormais qu’il existait dix rangs différents, l’ultime étant celui du Jouet. Mais un jouet ne le restait jamais bien longtemps apparemment… Elle savait aussi qu’il suffisait de se battre pour augmenter son rang, du moins, si l’on voulait échapper à certaines tâches… physiques. Il y en avait officiellement trois concentrées sur ce dernier point. Mais l’un des trois était uniquement doté d’enfants, donc elle y échappait.

Et elle préférait se battre pour avoir des avantages que de donner ses fesses. Même si elle se doutait étrangement que le rang de Jouet demandait quelques « efforts » de la part de l’élue…

La jeune fille soupira et secoua la tête, se mettant en position. Pour le moment, elle ne devait pas penser à tout cela. Elle devait uniquement se concentrer sur le combat qui allait se dérouler. Comme la dernière fois, de nombreux hommes se tenaient dans les tribunes et semblaient parier. Certains semblèrent même la désigner, bien que Psiek ignorait pourquoi. Même si elle avait tué, c’était sous un soudain coup de folie. Son adversaire avait l’air un peu plus forte que la précédente. Elle arborait un sourire sûr d’elle et frottait l’un de ses poings dans la paume de son autre main.

Si Psiek pouvait se cacher dans un trou de souris et éviter ce combat, elle l’aurait fait sans l’ombre d’une hésitation.

­ « Je vais tellement te tabasser que ta mère pourrait pas te reconnaître ma jolie. T’aurai dû te concentrer davantage à muscler ton corps, plutôt que de jouer les potiches dans les champs » s’exclama son ennemie avec vivacité. Sans l’ombre d’un doute, elle avait clairement l’avantage.

La pauvre débutante déglutit avec difficulté, augmentant le sourire de son adversaire. Elle n’avait absolument aucune confiance en elle. Certes, elle n’était pas d’accord. Le travail aux champs avait tout de même forgé ses muscles, même si elle semblait délicate. Mais cela ne l’avait pas formée à se défendre. Oh que non. Et son opposante l’avait parfaitement compris.

Elle sursauta en voyant l’attaquante foncer vers elle, esquivant de justesse son coup de poing. La jeune fille ne semblait pas particulièrement rapide… Du moins, c’est ce que pensa Psiek avant de se prendre un pied au niveau de son estomac. Elle se plia en deux et tenta de retrouver son souffle, mais l’adversaire profita de cet instant pour saisir sa tête et l’envoyer embrasser son genoux. La pauvre châtain sentit une vive douleur au niveau du nez, et la sensation humide confirma ses doutes : elle saignait.

Elle parvint néanmoins à repousser l’ennemie, ayant saisit son poignet et mordu violemment dedans. Il fallait qu’elle réfléchisse rapidement à une solution pour s’en sortir. Elle refusait de perdre. Surtout qu’elle avait sentit que ses coups n’étaient pas si puissants que ça, mais simplement bien placés. Cette fille connaissait bien les faiblesses du corps humain et les utilisait à son avantages. Mais elle n’était clairement pas aussi forte qu’elle l’avait sous-entendu. En réalité, Psiek songeait sincèrement qu’elle avait bien plus de muscles qu’elle… Aurait-elle menti pour semer le doute en elle ?

Si c’était le cas, c’était réussi.

­ « Je vais vite en finir avec toi. Le maître sera tellement satisfait que je te donne une correction… »

La jeune captive fronça les sourcils et évita les attaques comme elle le pouvait, surprise. Son adversaire ne semblait pas du tout haïr cet enfoiré de kidnappeur. Bien au contraire, on pouvait deviner dans son regard comme une admiration, un dévouement particulier. Et c’en était effrayant. Avait-il réussi à faire croire que tout ce qu’il faisait était normal ? Était-ce la seule jeune fille de cette prison à comprendre ce qui n’allait pas ? Si c’était le cas, elle était encore plus foutue qu’elle ne le croyait.

La combattante poussa un gémissement de douleur en se prenant une violente baffe contre l’oreille, se sentant sonnée durant quelques secondes. Elle entendait comme un bourdonnement et la douleur était particulièrement vive. La blessée tenta malgré tout de se concentrer et de se rappeler le premier jour dans cet enfer. La douleur de la marque avait été bien plus forte, n’est-ce pas ? Si elle avait pu « supporter » cette douleur, y survivre… Alors elle devait faire fit de ce bourdonnement. Elle fonça tête baissée vers son adversaire, défonçant son estomac d’un coup de crâne bien placé.

Elle profita de la chute en arrière de sa victime pour se jeter sur elle, bloquant ses jambes avec les siennes et saisissant ses mains au-dessus de sa tête. Elle fracassa alors son nez à de nombreuses reprises avec son front, ignorant la douleur qui la lançait petit à petit. Elle ne parvenait plus à distinguer si le sang s’écoulait de son propre nez, ou si c’était celui du corps juste en dessous… Elle ne retenait qu’une chose : elle ne devait pas tuer. Pas si elle n’en recevait pas l’ordre. Elle devait combattre et survivre. Rien de plus pour le moment.

Elle s’arrêta finalement en voyant que la blessée ne bougeait plus beaucoup. Parfait… Psiek se releva lentement et reprit difficilement son souffle, passant une main sur son nez. Elle tenta d’ignorer la douleur, essuyant un peu et relevant enfin le regard vers les tribunes. Elle n’avait pas tué. Et elle avait gagné. La jeune fille avala difficilement sa salive et attendit simplement, soupirant de soulagement en entendant un homme la déclarer gagnante. Elle observa deux hommes emmener le corps pour le soigner, du moins elle l’espérait, attendant la suite. Elle avait rempli sa part du contrat. L’Hôte allait-il respecter la sienne ?

­ « Veuillez me suivre je vous prie. Nous allons vous soigner, vous laver et vous mener à Monsieur. » déclara une superbe femme, regardant la combattante avec amusement.

Cette dernière hocha la tête et commença à la suivre, rassurée. Elle allait en apprendre un peu plus sur son ennemi, ainsi. Mieux connaître son adversaire pour mieux le battre… Ou bluffer, comme l’avait fait la fille juste avant. Elle n’était pas encore sûre. Elle se sentait bien trop étrangère à ce monde pour pouvoir décider de ce qu’elle ferait exactement. Néanmoins, la perspective d’être accompagnée par une femme, et non un homme, la soulageait. Du moins, jusqu’à ce que la jolie femme s’arrête devant un roux bien connu…

­ « Joli combat Psiek. Le maître doit être ravi. Tu as rempli ta part du contrat » déclara Fémence avec un petit sourire amusé.

La jeune femme se contenta de hocher lentement la tête. Elle n’avait pas vraiment eut le choix, de toutes façons. Ce n’était pas comme si l’autre option était quelque chose d’intéressant. Même si, des fois, elle se demandait si ce ne serait pas plus simple de mettre fin à sa vie… Si elle ne sentait pas cette envie de vengeance en elle, elle se serait peut-être laissée aller.

­ « Je suppose que c’est toi qui va t’occuper de ma toilette… Je me trompe ? » demanda Psiek, avec une certaine hésitation. Fémence afficha un petit sourire amusé :

­ « Effectivement. Tant que tu ne seras pas jugée apte à le faire toi-même, je me chargerais de ton éducation esthétique. Par ailleurs… »

Fémence jaugea la demoiselle de haut en bas avant de secouer la tête. Il n’y avait absolument rien de correct dans sa tenue. Ses cheveux étaient coupés de manière grossière, ses pieds semblaient rugueux, ses mains n’avaient absolument aucune finesse et il se doutait qu’elle n’avait jamais pris grand soin de ses ongles. Ils étaient mangés, visiblement victimes de son anxiété et du travail manuel… Bref, il y avait tout à revoir s’il fallait qu’elle plaise un minimum au maître. Et vu les ordres de ce dernier, il tenait à une belle présentation…

Il lui fit signe de le suivre, la faisant entrer dans une belle salle de bain. Il la fit se déshabiller et rinça soigneusement ses plaies avant de la conduire vers le bain. Il ne fallait surtout pas tacher la salle avec son sang. Il fallait que tout soit absolument parfait. Soigné. L’homme zieuta par ailleurs les jambes de la jeune fille, secouant doucement la tête. Pour sûr, ses jambes n’avaient jamais été touchées par une cire. Certes, ses poils étaient fins et semblaient doux, mais il avait l’impression de voir une légère fourrure. Il glissa doucement sa main le long du mollet de la jeune fille, un peu surpris. La sensation était loin d’être désagréable. Mais le regard de la jeune fille était plutôt noir…

­ « Il est hors de question que qui que ce soit touche aux poils de mes jambes. Je ne suis pas une courtisane, je les garde. »

Psiek ajouta qu’elle saurait les faire apprécier au maître s’il le fallait. Elle n’avait jamais connu la douleur de l’épilation et ne comptait pas la connaître maintenant. Elle n’était pas comme ces femmes qui voulaient s’attirer les faveurs d’un futur mari. De plus, elle sentait qu’elle n’arriverait pas à s’habituer à la sensation de jambes dénudées. Elle était prête à tout pour sortir d’ici. Mais pas à sacrifier une partie de son corps qu’elle chérissait… Il lui restait encore un léger espoir sur ce point.

­ «  Tu n’es peut-être pas aussi maline que je ne le croyais… Le maître saura te faire changer d’avis. Peu importe la manière qu’il emploiera… » soupira simplement Fémence, un peu agacé de la voir si farouche pour quelque chose d’aussi vulgaire que des poils. Jamais personne ici ne restait bien longtemps poilu, pas même les hommes. Il avait presque hâte que le maître les lui arrache de force..

Il toiletta simplement la demoiselle et en profita pour réfléchir quant au devenir de ses cheveux. Il fallait au moins les égaliser, même si cela signifiait une tignasse plus courte. Il y avait quelques objets aux cheveux courts qui plaisaient bien au maître après tout, ce n’était pas totalement dénué d’intérêt. Le roux pensa également qu’il serait judicieux que la jeune fille gagne assez de combat pour se faire dessiner une tenue digne de ce nom. En seulement deux combats, elle avait su attirer l’intérêt de bons nombres de convives. Elle aurait très vite quelques avantages, si elle continuait ainsi.

­ « Étiez-vous près du maître lorsque les combats ont commencé ? » hésita la jeune femme, n’appréciant pas vraiment le silence gênant qui s’était installé entre les deux.

­ «  Je n’étais pas très loin. Je sers le vin durant les combats. Il semblait surpris de ta façon de te battre. Tu es forte, mais tu n’as aucun savoir en matière de duel. Pourtant, tu trouves toujours le moyen de t’en sortir… »

Fémence marqua un silence et plissa les yeux en observant la jeune femme, comme s’il essayait de la sonder. Elle n’avait absolument rien à voir avec cet univers. C’était une simple paysanne au service de ses parents, qui cultivait dans les champs et s’occupait des bêtes. Elle n’avait aucune éducation que ce soit. Mais elle avait une volonté de s’en sortir particulièrement vivace. C’était impressionnant de bêtise.

Il la fit finalement sortir de l’eau et la sécha avec précaution, indiquant qu’il demanderait une journée entière au maître afin de s’occuper d’elle. Il faudrait s’occuper de ses ongles, de ses pieds, de ses pieds rugueux, travailler ses cheveux… L’homme aux cheveux flamboyants secoua la tête et lui fit mettre une robe simple mais bien plus élégante que ses guenilles pourries par la saleté. Il verrait son esthétique bien plus tard. Il ne fallait pas faire attendre davantage le maître.

Fémence conduisit la jeune femme dans une autre pièce, lointaine, près du rez-de-chaussée, la faisant entrer après avoir demandé autorisation. Le maître était installé à une table et buvait tranquillement une tasse de thé fumante, ignorant parfaitement la présence de la nouvelle-venue. Psiek dû par ailleurs faire un grand effort afin de ne pas montrer son mécontentement. Elle avait gagné, non ?!

­ « Fémence, sers-lui une tasse de thé. Et montre-moi les mets du jour. »

­ «Tout de suite monsieur ! » répondit le serviteur avec empressement, installant la demoiselle et servant son thé avec un sucre et un nuage de lait, sans lui avoir posé la moindre question.

La châtain comprit qu’elle n’aurait pas son mot à dire. Et Dieu ! Qu’elle pouvait avoir horreur du thé… Elle n’y avait goûté qu’une fois, mais ç avait suffit à la dégoûter de cette boisson pourtant riche. Il n’y avait que les nobles pour apprécier quelque chose d’aussi fade et sans le moindre intérêt… Elle préférait encore boire de l’eau chaude.

Elle se força néanmoins à prendre la tasse entre ses mains, après avoir croisé le regard perçant du fou qui lui servait de possesseur, buvant une minuscule gorgée et retenant une forte grimace. C’était vraiment écœurant. Avec un peu de chance, cette unique gorgée allait suffire à Monsieur…

­ «  Tu m’avais posé une question. Et tu as gagné ton combat. Voici donc la réponse que tu as tant attendue, petite chose… Je me nomme Nicolae. J’imagine que tu dois être déçue ? Tu aurais préféré poser une autre question ? » demanda le maître avec un petit sourire narquois.

Néanmoins, Psiek se contenta de l’observer un instant puis de secouer délicatement la tête, affichant un sourire à peine visible sur ses lèvres. Il s’appelait donc ainsi… :

­ «  Nicolae… Je suis véritablement ravie de le découvrir… C’est ainsi que mon maître se nomme… »

La châtain eut comme des rougeurs sur ses joues et détourna le regard, n’osant pas observer les pâtisseries que venait de ramener Fémence. Il semblait hésitant mais ne prononçait aucun mot. La jeune femme savait qu’il était bien trop tôt pour qu’on la croit sincère de ses propos. Mais c’était la première étape de son plan. Il fallait installer un climat doux, calme. Son adversaire, plus tôt, avait réussi à lui faire croire à une défaite avant même le combat, avec ses propos. Elle avait donc compris que les gestes ne comptaient pas seuls. Elle allait devoir apprendre à manipuler son langage et à l’embellir. Tout ce qui faisait d’elle ce qu’elle était devait être utilisé pour parvenir à ses fins.

Nicola attrapa une brioche fourrée avec nonchalance, observant simplement la pauvresse devant lui. Elle le croyait peut-être assez bête pour se noyer dans ses paroles ? Elle était amusante. L’homme avait construit un véritable empire de richesse et de pouvoir, et ce seulement à 25 ans. La personne qui allait le manipuler et le détrôner n’était pas né. Mais… Cela restait tout de même amusant. La voir se dépatouiller, essayer de lui plaire, faire de son mieux. Il sentait qu’elle ne pensait pas uniquement à survie. Oh, bien entendu, personne n’était assez fou ici pour croire à une possible évasion. Pas même elle, il le savait. Mais il avait vraiment hâte de connaître ses plans et de les déjouer…

­ «  Ma petite… Continue de m’amuser avec tes combats. Si tu es sage et obéissante, je saurai peut-être te faire don de quelques… Douceurs. Contente-moi, et ta cage se parsèmera de dorures. Plais-moi. Envoûte-moi. Et alors, l’or remplacera les dorures. Il suffit simplement d’accepter les règles de mon jeu et de les suivre à la lettre… »

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