Chapitre 5: La survie, première règle.


Le Jouet chapitres / vendredi, août 3rd, 2018

Un petit bruit de souris vint réveiller Psiek, confortablement installée dans son foin. Deux semaines s’étaient déroulées depuis son « entretien » avec son maître, et il avait su tenir promesse. Psiek avait gagné chacun de ses combats, avec pas mal de difficulté, et son quotidien avait changé. Elle était montée d’un étage et avait une chambre relativement plus confortable. Au lieu d’un sol froid et dur, on lui avait installé du foin, qui était changé tous les quatre jours, et elle avait même eut droit à une bassine pour faire ses besoins.

En clair, lorsque vous vous battiez bien et que vous faisiez plaisir à l’Hôte, vous étiez de plus en plus récompensé.

Mais cette vie ne suffisait pas à la demoiselle. Même si la vie était de moins en moins dure, elle n’oubliait pas son objectif premier : se venger d’une manière ou d’une autre. Car elle n’avait pas choisi cette vie. Elle n’avait pas choisi de se retrouver en cage à devoir contenter un psychopathe qui s’amusait en la voyant combattre et souffrir. Ce qu’elle avait choisi, en revanche, c’était sa vengeance. Elle trouverait le moyen de s’approcher suffisamment du maître. Quitte à vendre son corps, elle passerait des nuits auprès de lui… Et elle le tuerait. Elle le tuerait de ses propres mains.

Elle s’imaginait déjà le sang envahir sa peau, la pénétrer… La violence de son quotidien lui avait donné un certain goût à la douleur. La douleur des autres, évidemment. C’était pour elle signe de plus grande liberté. De soulagement…

­ «  Woh, la gueuse. Bordel, on dirait un vrai porc dans ce foin… Fémence t’attend sale garce. Bouge ! » cracha avec violence Mérisse.

Psiek eut le réflexe de se relever d’un coup, regardant avec méfiance la jeune femme au bandeau. Elle ne savait qu’une chose à propos de cette petite peste : elle adorait torturer les gens. Même si la châtain avait gagné en rang dans ce drôle de manoir, Mérisse lui restait supérieure et pouvait lui infliger tout ce qu’elle voulait, même s’il valait mieux qu’elle reste discrète dans ses actions.

La jeune femme se releva donc et s’approcha de la porte, se demandant ce que lui voulait Fémence. Peut-être la laver ? Non, il l’avait fait la veille. Et par ailleurs, il avait encore fait une remarque sur ses poils, alors que le maître n’avait rien dit jusque-là. Elle ne comprenait vraiment pas… Quel mal y avait-il à avoir des poils ? Ils ne lui posaient aucun problème durant les combats. Au contraire, elle avait l’impression d’avoir une légère couverture de protection lors de ses chutes…

Psiek poussa par ailleurs un juron en tombant tête la première sur le sol, ayant subi un croche-patte de la part de Mérisse. Elle tenta de se relever, mais la brune s’était installé sur son dos et bloquait ses bras en arrière. Un frisson parcourut le corps de la pauvre prisonnière lorsqu’elle sentit une lame froide parcourir sa nuque.

­ « Tu fais un peu trop la maline à mon goût, pétasse. Je vais t’apprendre à jouer la belle devant mon maître… »

Mérisse se lécha lentement la lèvre inférieure et commença à appuyer sur sa lame, ses yeux s’écarquillant d’excitation en voyant du sang commencer à perler. Elle aimait y aller lentement, progressivement. Surtout avec une garce comme cette conne de Psiek. Elle n’aimait vraiment pas cette fille et allait très vite lui faire comprendre…

La fille au bandeau commença à tracer une première lettre en haut du dos de sa victime, voulant être sûre que tout le monde voit. Elle allait graver « gouge1 » sur ce corps de coureuse de remparts et ainsi, le monde saurait enfin qui elle était réellement.

Alors qu’elle commençait à graver la deuxième lettre, une voix la fit sursauter et se relever immédiatement, balançant son couteau dans un coin par précaution. Même si elle avait des droits, certains hauts placés n’aimaient pas la voir torturer certaines filles, comme celles destinées au lit du maître. Et Fémence faisait parti de ces personnes, malheureusement…

­ « Mérisse… Il me semblait t’avoir demandé de m’apporter immédiatement Psiek. Pas de la torturer. Passe-moi ton bandeau. Tu le reprendras dans trois jours. » déclara Fémence d’une voix étrangement calme.

Alors que Psiek se relevait difficilement, elle fut surprise d’entendre la punition. On lui prenait son bandeau ? C’était tout ? Son regard se tourna vers Mérisse qui obéit difficilement mais confia finalement son bien le plus précieux. Et la châtain compris… Au lieu d’un œil parfaitement formé, on pouvait deviner un espace vide légèrement couvert par un lambeau de peau déchiqueté et brûlé.

La châtain préféra par ailleurs détourner le regard, écœurée par ce qu’elle voyait. Elle ne savait pas pourquoi cet œil était ainsi mais… Ça ne donnait vraiment pas envie de l’observer. Et cette réaction sembla énerver Mérisse qui disparut rapidement, non sans un dernier regard noir lancé vers la pauvre châtain.

Il y allait avoir vengeance, elle le savait parfaitement. Elle allait subir…

­ « Je déteste devoir me déplacer… Suis-moi. Nous allons enfin régler ton problème principal. » annonça Fémence d’une voix monotone.

Ce dernier n’attendit même pas de réaction de la part de la demoiselle, tournant les talons et commençant à marcher à travers les longs couloirs. Mérisse commençaient sérieusement à poser problème, il allait falloir que le maître agisse d’une manière ou d’une autre. Elle était là en tant que harpie, certes… Mais si elle désobéissait aux règles les plus simples, il sentait qu’il allait vite demander à ce qu’on la rétrograde.

Psiek se dépêcha de rattraper le roux, encore perturbée. Elle se demandait si Mérisse n’était pas devenue aussi horrible à cause de son œil… Malheureusement, elle se doutait que non. Certaines personnes étaient pourries dans l’âme. Et il n’y avait pas réellement d’espoir de les changer. Elle se demandait néanmoins comment son œil avait pu devenir ainsi… Et ce n’était pas Fémence qui répondrait à ses questions. Bien que d’apparence douce et efféminée, l’homme avait un côté assez froid et distant. Il laissait comme un mur entre lui et les autres personnes. Et il avait par ailleurs sous-entendu que seul le maître était « très proche » de lui.

Malheureusement, l’imagination de Psiek avait fait le tour et elle s’était laissée penser que le roux et le blond avaient du se connaître très profondément…

La châtain secoua la tête d’écœurement. Elle se fichait bien de la nature sexuelle de qui que ce soit. Mais dans ce manoir, tout rapport au sexe lui donnait désormais une nausée étrange et violente. Car ce n’était pas le sexe de son village. C’était bestial, violent. Et, elle se doutait, dans l’unique but de satisfaire l’Hôte de cet étrange bâtiment.

La demoiselle entra finalement dans la salle de bain, un peu surprise. Il y avait deux personnes qui attendaient, une table dressée… Et un petit récipient qui semblait chauffer, près du sol. Elle avait un très mauvais pressentiment. Elle se recula d’un pas et jeta un regard méfiant vers le roux, lui expliquant qu’il l’avait déjà lavée il y a peu. Le bain n’était prévu qu’une fois par semaine, non ?

­ «  Je t’avais dis qu’il fallait régler ce problème de poils. On va t’épiler. Tu ne peux plus te présenter au maître ainsi. C’est tout simplement écœurant. »

Psiek resta interdite quelques secondes, son esprit carburant. Elle aurait bien dénoncé le fait que les hommes soient poilus mais… Pas ici. Pas dans ce manoir. Hormis sur elle, elle n’avait jamais vu aucun poil. Elle ne pouvait pas se défendre ainsi. Mais elle refusait.

Elle n’était pas prévue pour coucher avec le maître, n’est-ce pas ? Elle tenta d’avancer ce propos, mais Fémence le balaya d’un simple mouvement de main, secouant la tête. Il avança que c’était la même règle pour tout le monde et qu’elle n’y échapperait pas. Par ailleurs, les deux personnes présentes commençaient à se rapprocher de Psiek, probablement dans le but de l’attraper et de l’attacher… C’était un sale traitre.

­ « Mais c’est quoi le problème avec les poils ici ?! Je combats ! Personne ne me touche ! Et on les voit à peine ! Et merde, je fais ce que je veux de mon corps, non ? Et c’est ça une vraie femme ! » lâcha la demoiselle, de plus en plus paniquée.

Malheureusement, elle savait que c’était faux. Elle ne faisait plus ce qu’elle voulait de son propre corps. Elle appartenait à quelqu’un. Elle était soumise. Mais elle ne voulait pas. C’était la seule parcelle qui restait encore d’elle. La seule chose qu’elle pouvait encore contrôler. Le maître avait prévu de lui faire couper les cheveux. Il avait prévu de la rendre plus belle encore. Mais elle ne voulait pas.

Sentant la situation lui échapper totalement, Psiek tourna le regard vers Fémence, baissant les bras. Mais malgré cette position soumise, on pouvait deviner que la jeune femme n’était pas encore décidée à abandonner. Le roux avait particulièrement hâte de connaître ses desseins. Le maître avait donné quelques directives, il savait donc quoi faire.

­ «  Un coup de fouet par poil. Vous pouvez me donner un coup de fouet par poil que vous désirez retirer, sans que je ne lâche un seul cri. Si j’y parviens, je pourrais garder mes poils. Si je lâche ne serait-ce qu’un petit grognement, je ne chercherai plus jamais à aller à l’encontre du maître. Qu’en pensez-vous ? » demanda-t-elle à Fémence, remplie d’espoir.

Ce dernier haussa un sourcil, un peu surpris qu’elle ose faire un tel marché. Pour qui se prenait-elle exactement ? Néanmoins, avant qu’il ne puisse refuser, la jeune femme argua que le maître se permettait parfois de faire des marchés, qu’il semblait joueur. Et puis, ce qu’elle proposait était pratiquement impossible, n’est-ce pas ? Vu la quantité de poils sur son corps, elle serait obligée de gémir à un moment ou à un autre. Le maître ne pouvait pas perdre.

Le roux ne put s’empêcher de sourire. Effectivement, le pari était risqué. Mais la demoiselle avait souvent fait preuve de force quand tout semblait perdu. Il garda donc le silence un instant avant de finalement faire un signe vers les toiletteuses. Il savait que le maître voudrait voir jusqu’où elle pourrait aller. Il voulait prendre le risque de perdre ce pari. De plus, ce serait l’occasion d’ameuter un peu de monde et de se faire de l’argent avec divers paris. Oui… C’était une bonne façon d’enthousiasmer la clientèle :

­ «  Très bien. Nous ferons ça d’ici la fin de semaine. Mais si tu perds… Tu seras épilée devant tout un public, partout. Autant ajouter un peu de piquant à ce pari, qu’en penses-tu jolie paillarde ? ».

Psiek se redressa, se sentant soudainement plus sûre d’elle. Tout était un jeu pour le maître ici. Elle avait enfin appris la première règle la plus importante. Divertir le maître. Donner des défis. Les relever. Elle secoua doucement la tête pour ébouriffer ses cheveux, laissant un sourire en coin apparaître sur son visage :

­ «  Je me ferai un plaisir de gagner. »

 

 

1Gouge est une insulte médiévale pour « vile catin », « sale prostituée ».

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