Chapitre 7: Une montée vertigineuse


Le Jouet chapitres / vendredi, septembre 7th, 2018

« Bouges-toi la gueuse. On te change d’endroit. »

Psiek se leva avec prudence, toisant Mérisse avec méfiance. Elle n’aimait pas que cette fille s’occupe de son cas. Parce que ça finissait souvent en agression. Ou plutôt, ça finissait toujours en agression. Et même si elle ne devrait avoir aucune difficulté à la battre, la châtain savait qu’elle ne devait pas riposter. Pas encore. Elle n’avait pas encore atteint le bon niveau. Elle avait l’impression de faire une partie d’échec. Et actuellement, elle valait encore moins qu’un pion…

Elle secoua la tête et commença à suivre la brune, prête à riposter à n’importe quel moment. Elle devait rester concentrée.

Il y avait eut cinq combats depuis la séance de coups de fouet. Et elle les avait tous gagné. Elle avait même surpris les invités à scander son nom et à l’encourager. Les paris ne se faisaient plus sur la gagnante, mais sur la durée du combat, désormais. Et ça avait de quoi la rendre fière. Sans compter que le maître avait même « applaudi » une fois, de façon presque inaudible… Mais il l’avait fait. Et Psiek savait que c’était une excellente chose. Il était difficile parfois de jouer la soumise, mais elle y arrivait de mieux en mieux. Faire croire qu’elle le voyait réellement comme son maître…

Psiek haussa un sourcil en voyant la brune se diriger vers les escaliers. Elle montait d’un étage ?

Un frisson commença à la parcourir en montant les marches, son cœur battant la chamade. Chaque étage la rapprochait du maître, elle le savait. Chaque marche était une avancée importante. Mais elle ne s’arrêtait pas à l’étage suivant…

La demoiselle grimpa encore deux étages et comprit qu’elle était tout juste sous le rez-de-chaussée. Elle entra dans une petite pièce, atterrissant au sol après s’être reçu un violent coup de pied dans le bas du dos. La combattante se releva lentement en écoutant la porte se fermer avec violence. Elle n’en revenait toujours pas. Elle avait rapidement gravit les échelons… Était-ce un piège ? Se méfiait-on d’elle ? Ou alors, il s’agissait d’un test… Elle ne savait pas. Il y avait une énorme différence entre la vie simple d’une paysanne et celle d’une combattante dans ce manoir.

Psiek s’approcha de la fenêtre, se hissant sur la pointe des pieds. La fenêtre était très haute mais au moins, elle pouvait voir au dehors. Elle devait sûrement être sur l’un des côtés du manoir. Elle pouvait voir une partie des douves. Et par-delà, une forêt. La demoiselle contempla un moment l’eau, essayant de deviner la profondeur de ces douves. Elle ne savait pas nager, elle n’avait jamais appris. La fuite serait bien trop dangereuse. Mais la forêt l’attirait grandement.

La châtain soupira et laissa son regard se promener, admirant la forêt. La jeune fille était habituée à la nature et elle ressentait un grand manque. Une envie soudaine émergea en elle. Elle voulait parcourir ces terres à pieds nus, sentir l’herbe fraîche, toucher l’écorce des arbres et respirer l’odeur de la terre. C’était quasiment impossible, ici. Elle ne sentait que la fraîcheur des murs de pierre et l’aridité du sable qui servait de sol dans l’arène. Elle n’avait droit à rien d’autre.

Pour le moment.

Son regard glissa lentement sur la pièce. Elle avait désormais droit à un matelas sur le sol. Il y avait également une petite table et une chaise. Dans un sens, elle avait l’impression de retrouver son confort d’autrefois. À la différence près qu’elle n’avait pas la moindre liberté. Elle ne pouvait pas se mouvoir comme elle le désirait. Si l’envie lui prenait, il n’était pas possible de sortir en pleine nuit et de se glisser dans l’herbe pour observer les étoiles, ou se blottir contre l’une de ses bêtes, en attendant qu’elle accouche. Elle ne pouvait qu’attendre que le temps passe, et rien d’autre. Absolument rien d’autre…

La jeune fille s’approcha de la table et s’apprêta à s’asseoir, sursautant en entendant la porte s’ouvrir. Elle tourna la tête et haussa un sourcil en voyant une femme qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Cette dernière posa une assiette et lui sourit. Elle n’avait pas l’air malheureuse. Mais elle portait le symbole. Elle le voyait sur son épaule dénudée.

­ « Voici ton repas. Tu as le droit d’avoir un livre pour la semaine, pour t’occuper. Tu sais lire ? » demanda la jeune femme, alors qu’elle présentait une assiette garnie de pomme de terre et de petits-pois.

C’était tout autre chose que la bouillie ou la soupe claire qu’elle avait eut droit jusque-là. Des récompenses. Pour les maintenir. Pour les dresser. Mais surtout, de quoi devenir plus forte et atteindre son but. Dans un sens, elle était aidée dans sa vengeance.

Psiek dut retenir un sourire, hochant simplement la tête. Elle était l’une des rares du village à être un minimum instruite. Elle avait passé beaucoup de temps avec le chef de religion du village voisin. Ce dernier, devant sa curiosité, lui avait appris à lire le Grand Livre. Elle avait eut beaucoup de difficulté, et lisait avec beaucoup de lenteur. Mais au moins, elle le savait. Ainsi donc, elle pourrait occuper une partie de son temps…

­ « Le maître veut te voir demain. On t’apportera une bassine d’eau pour que tu te nettoies. Tu as aussi le droit à une sortie par semaine, afin de t’entraîner, si tu le désires. » indiqua la servante, dans un discours qu’elle connaissait désormais par cœur.

Ce n’était pas la première combattante qu’elle voyait grimper les échelons. Elle était ici depuis ses douze ans et avait été rapidement choisie pour les tâches ménagères. Elle s’occupait énormément des filles de cet étage, en plus du rez-de-chaussée. Elle n’avait encore jamais eut la chance de pouvoir s’occuper du maître. Mais un jour, peut-être… Elle pourrait lui montrer toute sa reconnaissance.

­ « Je peux choisir le livre ? » demanda Psiek, même si elle se doutait que non. Ce que confirma l’esclave en secouant la tête. Enfin, avoir un livre était déjà une chose incroyable, dans un sens. Hormis le Grand Livre, elle n’avait jamais pu en lire d’autres. C’était bien trop cher pour une petite paysanne. Et elle avait assez d’occupation avec la petite ferme. Mais cette fois-ci, elle allait tout faire pour s’améliorer. On lui avait souvent dit que la puissance commençait par la connaissance. Et actuellement, la pauvre fille n’avait que ses muscles.

La combattante s’apprêta à demander le nom de la fille, mais cette dernière sortit rapidement, après avoir déposé un livre sur sa table. À manger et de quoi lire.

Psiek secoua la tête et se mit à table, mangeant la moitié de son repas. Elle préférait en garder pour le soir, pour réhabituer son estomac.

La demoiselle attrapa ensuite le livre et laissa sa main glisser sur la couverture, sentant un frisson l’envahir. Tenir ce genre d’objet entre les mains lui donner toujours une drôle de sensation. Une sensation qu’elle ne savait pas expliquer. Ses yeux parcoururent le titre un long moment avant qu’elle ne parvienne à le déchiffrer totalement. Cela faisait un brin trop longtemps qu’elle ne s’était pas prêtée à cet exercice…

Correspondance d’un soumis.

Psiek ne put s’empêcher de hausser un sourcil, se demandant si son maître n’avait pas choisi ce titre par provocation. Était-il en train de la tester ? La curiosité la piqua et elle commença à parcourir la première page, mettant une dizaine de minutes avant de parvenir à comprendre de quoi il s’agissait. Le livre semblait composé de lettres envoyées par un jeune homme à un être inconnu. Le jeune homme se présentait comme le cadet et se plaignait de sa position dans la famille et de son rôle humiliant…

La chatain secoua légèrement la tête et reposa la livre. Il ne s’agissait pas d’une histoire inventée. Ça n’en avait pas l’air. Le chef de religion lui avait appris à observer un livre. Elle ne voyait pas de marque d’édition. L’exemplaire semblait unique. Elle n’avait pas reçu ce livre par hasard. Quelqu’un voulait qu’elle découvre cette histoire.

Mais pourquoi ? Qui était à l’origine de ce choix ? Étant donné la forme des plaintes dans ce livre, elle doutait que cela ne vienne du maître. Et vu l’air de soumission et de servitude de la jeune femme qui s’était occupée d’elle, elle doutait également que cela vienne d’elle. Quelqu’un dans ce manoir voulait absolument lui faire parvenir un message… Et elle devrait lire entièrement ce livre pour comprendre lequel.

Le lendemain, Psiek fut convoquée dans une grande pièce garnie de différents habits. On l’avait amenée ici et elle attendait depuis une dizaine de minutes. Elle regardait les différents habits, se demandant quel était le but de sa présence.

Quelque chose semblait clocher. Elle n’avait pas l’impression d’être dans une pièce basique. Les vêtements n’étaient pas normaux… Rien de réellement choquant, si ce n’est qu’Ils n’étaient pas principalement pour l’esthétique. Ils avaient un côté sauvage, brutal. Elle ne saurait expliquer en quoi. Mais elle le ressentait réellement.

Elle s’apprêta à se saisir d’un vêtement lorsqu’elle entendit la porte s’ouvrir. Sans réelle surprise, elle se retrouva face à Fémence. Ce type était décidément partout. Quel était son vrai rôle dans ce manoir ? Il lui parlait beaucoup trop à son goût. Il lui semblait incroyablement flou… Et son petit sourire l’énervait réellement. Elle avait parfois envie de le secouer pour lui exiger de montrer son vrai caractère. Il y avait quelque chose de faux en lui.

Ou alors, c’était un véritable soumis, comme on ne pouvait l’imaginer.

­ « Comme tu l’as deviné hier… Tu as grimpé quelques échelons. » déclara Fémence avec un léger rire.

La demoiselle haussa simplement un sourcil, perplexe. Oui, elle avait deviné sans aucun problème. Mais elle ne comprenait toujours pas ce qu’elle faisait dans cette pièce. Elle observait le roux qui s’amusait à regarder les différentes tenues, attendant patiemment. Ne jamais poser la question la première. Toujours attendre.

­ « Tu es désormais au rang de gladiatrices. Enfin… Il y a différents niveaux dans ce rang. Mais tu as tout de même réussi à l’atteindre. Tu as le droit de choisir une tenue qui sera uniquement utilisée pour tes combats. »

Fémence se tut ensuite, restant silencieux durant de longues minutes. Il semblait réfléchir à quelque chose de précis. Mais quoi ? Il était vraiment impossible de lire dans l’esprit de ce fichu type. Et c’était particulièrement agaçant. Il proposa finalement à la demoiselle de commencer à chercher des vêtements qui pourraient lui plaire, s’asseyant sur une chaise, dans le fond de la pièce. Il reprit :

­ « Le maître a eut de longues discussions avec certains invités. Ils ont beaucoup aimé ta manière de combattre. Et ton meurtre, lors du premier combat. Une décision a donc été prise. Un rang a été créé spécialement pour toi. Celui de la faucheuse. »

Psiek s’arrêta dans ses recherches, regardant Fémence avec un léger trouble. Faucheuse ? Elle fronça les sourcils, ayant un peu peur de comprendre de quoi il s’agissait. L’homme reprit rapidement, expliquant que ce rôle ne serait pas tout le temps actif. Mais elle devait s’attendre désormais à des combats à morts, de temps en temps.

Il ajouta qu’elle devait alors choisir une deuxième tenue pour son rang de faucheuse. Évidemment, elle aurait une récompense à chaque fois qu’elle mènerait à bien un combat. Et si elle perdait… Et bien, elle pouvait comprendre toute seule ce qui se passerait. Un sourire carnassier sembla se dessiner sur le visage de l’homme, une fraction de seconde. Mais il retrouva rapidement son petit sourire sans saveur. Il repoussa une mèche de cheveux dans l’arrière de son dos, croisant simplement les jambes :

­ « Tu es entrée dans un jeu qui te dépasse ma chère. J’espère que tu en prends conscience. »

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