Chapitre 24: Au bout du fil sanglant.

Psiek ne pouvait s’empêcher de réfléchir, nettoyant sagement la chambre du Maître. Elle avait réussi à avoir « l’honneur » d’être celle qui s’occuperait de cette pièce. Ce qui signifiait qu’il lui faisait assez confiance. Enfin, si un homme tel que lui pouvait réellement avoir confiance en qui que ce soit…

Ce dont elle doutait fortement.

Tout en nettoyant, la demoiselle ne put s’empêcher de guetter chaque recoin. Elle songeait à, petit à petit, « abandonner » un linge ou deux sous le lit. Son but était de pouvoir s’échapper par la fenêtre, et elle ne voulait vraiment pas prendre de risque pour sa vie. Néanmoins, elle n’était pas assurée à cent pour cent qu’elle resterait la seule personne à s’occuper de cette chambre.

De plus, même si elle comptait partir le plus loin possible… Elle voulait éviter que l’on ne sache qu’elle était responsable de ce qu’elle allait faire. Car même si l’homme avait beaucoup d’ennemis… Il avait évidemment énormément de fanatiques.

La jeune femme pensa notamment à Mérisse. Cette fille ne cessait de lui chercher des noises au quotidien. Elle l’entendait presque tous les jours supplier Fémence de la laisser participer à un combat à mort contre la Faucheuse. Il n’avait jamais accepté, mais cette simple obstination suffisait à faire monter l’angoisse chez la combattante.

Elle ne connaissait que très peu la brune au cache-œil, puisqu’elle la fuyait… Mais elle savait son amour pour l’Hôte.

Elle connaissait le danger.

Psiek soupira et plaça un drap sous le lit, le coinçant comme elle le pouvait avec ces espèces de barres de bois. Elle n’avait jamais vu de lit aussi confortable et aussi compliqué… Elle s’éloigna de quelques pas et observa, ayant toujours le doute. Oui, si la demoiselle restait la seule à nettoyer cette chambre, cela ne se voyait pas juste au regard. Mais encore une fois, rien n’assurait que personne d’autre ne viendrait pour nettoyer.

La combattante soupira et enleva le drap, s’approchant de la fenêtre pour secouer le tapis. Ce serait une bonne excuse pour vérifier les alentours.

Tout en secouant le tissu épais, ses yeux observèrent bien plus bas. Une sorte de douve semblait contourner tout le manoir. Elle n’arrivait pas à deviner la profondeur de l’eau. Sauter dans une eau peu profonde pourrait provoquer sa mort. Au mieux lui casser quelques os… Mais cela empêcherait de fuir davantage.

Le plus gros soucis restait les bois tout autour. Il lui faudrait deviner par quel côté fuir. Et si elle partait bêtement à l’opposé de son but ?

Ses yeux se plissèrent doucement en remarquant que tous les arbres n’étaient pas les mêmes, selon les côtés. Il y avait des sapins d’un côté, dont le bois semblait légèrement pourrir, des chênes, mais aussi quelques bouleaux.

Heureusement, encore une fois, ils n’étaient pas tous concentrés aux mêmes endroits. Le seul soucis qui se posait est qu’elle devrait se fier uniquement à l’odeur pour savoir par où passer : Le jour où elle avait été kidnappée, elle se souvenait de certaines odeurs particulières.

Aurait-elle le temps de tout faire en une journée ? De fuir assez vite ?

La jeune femme secoua délicatement la tête. Elle devait revoir ses avantages en tant que Jouet. Un doute sommeillait en elle, mais peut-être qu’elle ne se trompait pas : Elle avait droit de sortir une fois dans le mois, à condition d’être accompagnée par plusieurs gardes. Pas plus de deux heures, si sa mémoire ne lui faisait pas défaut… Mais ce serait bien suffisant pour avoir un début de piste.

Elle l’espérait.

Un peu découragée malgré elle, Psiek termina le nettoyage de la chambre et sortit avec les draps sales, les confiant à une servante, après avoir descendu deux étages. Ses yeux se posaient sur le décor pompeux des couloirs. Ils avaient toujours été là. Elle n’était toujours pas habituée. À chaque instant, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer le prix de ces pierres, ces tableaux, ces statues… Le prix que tout cela représentait. La nourriture qui aurait pu être achetée. Le nombre considérable de villages pouvant être aidés…

Même si vivre dans ce manoir avait créé chez la demoiselle un sentiment d’égoïsme et de survie, une part d’elle restait sensée et pensait aux autres. À tous ces êtres qui étaient comme elle : capable d’éprouver des sentiments. Vivants.

Cette pensée tournait tant de son esprit que la viande en venait à l’écœurer profondément. Recevoir le sang chaud de son adversaire sur son propre corps faisait voir les choses autrement. La vie était si facile à prendre. Si facile de réduire un tout à un néant…

Elle se doutait que cette angoisse s’était amplifiée depuis qu’elle avait tué une fille devant son frère. Le hurlement de ce dernier hantait parfois encore ses nuits. Ce cri strident, la haine qui s’échappait littéralement de sa gorge, la promesse de vengeance…

Tuer sans rien connaître de la personne n’était pas si dur que ça. Il était tellement aisé d’imaginer la personne orpheline, sans aucun lien établi dans ce monde. Ou bien oubliée de tous, non désirée…

Bref. Elle avait fait l’erreur de se penser unique personne pouvant manquer à quelqu’un. Et ses nuits agitées étaient le prix de cette erreur.

Pourtant, elle n’avait pas eu le choix. L’égoïsme primait. Prisme l’avait déjà interrogée sur sa volonté d’entraide, et elle n’y voyait absolument aucun intérêt. Ici, personne ne songeait à une quelconque alliance. Il fallait soit lutter pour sa survie personnelle… Soit, certaines personnes, telles que Mérisse, songeaient avant tout à vivre pour une autre personne. Par… Amour.

Un grognement s’échappa des lèvres de la châtain. C’était bien là un sentiment qui ne lui inspirait rien de bon. Irrépressible. Envahissant. Capable de changer n’importe quel être humain. Tout ça pour quelque chose qui n’était même pas réciproque.

Si la survie était égoïste… L’amour, lui, était obsessionnel.

 

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Passionnée de lecture et d’écriture depuis toujours, débordant d’imagination, j’ai décidé de me lancer et de faire connaître au monde ce qui peut sortir de mon esprit fertile.

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